23 février 2011

Au théâtre ce soir

Deux écrivains occupent mes pensées en ce moment. L’un parce que je lis un roman policier dont il est le héros, l’autre parce que je dois l’étudier pour présenter un travail dans le cadre d’un stage de théâtre destiné aux enseignants. Tous deux morts prématurément, ils avaient une sexualité qui n’était pas socialement acceptée et qui a fini par les tuer, directement pour l’un, indirectement pour l’autre. Tous deux précoces, ils ont écrit des œuvres importantes avant l’âge de quarante ans. Tous deux curieux et voyageurs…

 

Oscar Wilde fait partie de mes premières émotions littéraires. Je l’ai découvert à l'adolescence et je l’ai trouvé drôle, cultivé, raffiné. J’ai lu avec passion Le Portrait de Dorian Gray et ses pièces de théâtre. En Angleterre j’ai trouvé un livre magnifique sur lui, avec des photos splendides, que j’aime feuilleter de temps à autre. Je parle régulièrement de Wilde à mes lycéens. Je ris de ses aventures à l’étranger, j’observe avec attention ses vêtements, je suis émue par l’affection qu’il portait à sa femme et à ses enfants même s’il a vécu une passion dévorante pour un jeune homme. Je suis révoltée que les juges lui aient fait payé si cher le fait qu’il soit un « inverti ». Je comprends que les Irlandais et les Anglais soient fiers de le compter parmi leurs grands écrivains.

Oscar_manteau_fourrure

 

 

Je suis actuellement ravie de découvrir le nouveau roman de Gyles Brandreth intitulé Oscar Wilde et le cadavre souriant. C’est le troisième opus, après Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles et Oscar Wilde et le jeu de la mort. Spécialiste du dandy irlandais, Brandreth met son érudition au service de romans policiers dans lesquels Wilde côtoie Arthur Conan Doyle et d’autres figures majeures de l’époque. C’est intéressant, agréable à lire, haletant comme tout bon polar. Dans Le cadavre souriant, l’auteur nous entraîne aux Etats-Unis puis à Paris, dans le monde du théâtre. Sarah Bernhardt accueille ses hôtes britanniques, leur propose de venir voir son lion domestique (qui s’appelait Victor Hugo !), rappelant que la star de l’époque, c’est elle. Je n’ai pas fini le livre, mais j’ai hâte de savoir qui a fait quoi…

 

Meurtre_aux_chandelles

 

Jeu_de_la_mort_2

Cadavre_souriant

Bernard-Marie Koltès, disparu en 1989 à l’âge de 41 ans, était un homme discret qui écrivait des œuvres d’une grande violence. Sa dernière pièce, la plus connue, intitulée Roberto Zucco, est bientôt représentée dans ma ville. À cette occasion, un stage de théâtre est organisé, mettant à l’honneur le contexte si particulier de la pièce, mais aussi sa mise en scène et la connaissance qu’on peut avoir de son auteur. Quand la pièce a été créée, elle fut interdite à Chambéry, près de l’endroit où le célèbre meurtrier italien venait de commettre ses crimes. Roberto Zucco dérange. Comment parler d’un homme qui a commis l’irréparable ?

On m’a chargée de constituer un dossier biographique et bibliographique de Koltès pour le stage. J’ai commencé à m’atteler à la tâche, pensant que ce serait intéressant de creuser un peu… Je ne savais que peu de choses de l’homme avant d’engager mes recherches : il est l’auteur de Combat de nègre et de chiens, de Roberto Zucco et d’autres pièces dont je n’avais pas toujours bien retenu les titres. Il a beaucoup voyagé et il est mort du SIDA. Point final. Il fallait que j’approfondisse, bien sûr…

Je me suis heurtée à un mur. On sait peu sur Koltès. Comme l’explique Michel Piccoli dans une émission culturelle de Laure Adler en 1995, une vidéo que j’ai trouvée sur le site de l’INA, Koltès ne parlait pas de lui, « et c’est tellement rare chez les écrivains que cela mérite d’être signalé », ajoute le comédien. Et c’est vrai. Si les Éditions de Minuit n’avaient pas publié des entretiens donnés par l’auteur à la presse et rassemblés sous le titre Une part de ma vie, je n’aurais pas grand-chose… Je n’ai pas encore fini mes recherches, le travail avance doucement, mais j’ai découvert avec ravissement les photos qu’on peut trouver sur Internet et qui témoignent de la grâce et de la jeunesse de Koltès. Je vous en montre quelques unes, vous me comprendrez, je pense.

Kolt_s

Kolt_s_visage

Kolt_s_en_pied

Posté par bookine à 22:22 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Au théâtre ce soir

    J'aime aussi beaucoup Oscar Wilde, mais Koltès, je ne connaissais que par extraits...vu sa tête, je compte m'y intéresser un peu plus, tiens....

    Posté par lagamine, 24 février 2011 à 17:24 | | Répondre
  • Bonne chance pour tes recherches.. c'est intéressant, et merci pour les tuyaux lecture!
    Bisous

    Posté par Lin, pain d'épic, 25 février 2011 à 15:42 | | Répondre
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